Un peu d’histoire

C’est à la fin du XIe siècle que l’abbaye de Moissac, située près du confluent du Tarn et de la Garonne, fonde à Rabastens un important prieuré. Après une installation dans la campagne rabastinoise, le prieuré déménage au XIIe siècle au centre du bourg, un nouveau quartier de la ville alors en pleine expansion, situé hors les murs et au nord du « castrum » primitif, c’est à dire, du château et de son enceinte.

Rabastens, au cœur de la plaine du Tarn…

Le choix de Rabastens par la célèbre abbaye s’explique par la richesse de la plaine du Tarn, par le dynamisme de la cité, par la qualité de son vignoble et l’exemption des droits de péage dont bénéficie l’abbaye pour le vin qu’elle transporte par voie d’eau jusqu’à Bordeaux. De l’édifice roman du XIIe siècle, il ne reste que les huit beaux chapiteaux du portail, ainsi que peut-être certains chapiteaux de la nef. Après la Croisade albigeoise contre les cathares qui se termine par la signature du Traité de Paris de 1229 entre Saint-Louis et le Comte de Toulouse, l’église prieurale devient paroissiale. Trop petite pour abriter la communauté des fidèles, le choix est fait de reconstruire entièrement l’église, plutôt que de remettre en état l’ancienne.

Le financement est assuré en partie par la confiscation des biens des hérétiques, qui demeureront malgré tout en petit nombre jusqu’à la fin du XIIIe siècle. Cette église du XIIIe siècle est conçue comme une vaste nef unique et rectangulaire, en brique et voûtée, sur le modèle de la nef de la cathédrale St. Etienne de Toulouse, alors en cours d’achèvement.

Au début du XIVe siècle, un grand prieur, Bernard de Latour, recteur de l’Université de Toulouse, décide d’abattre le grand mur droit qui fermait la nef à l’est, derrière le maître-autel, et de faire bâtir au-delà un vaste chœur sur le modèle des grandes églises toulousaines contemporaines, comme celle des Cordeliers ou celle des Jacobins. Rapidement construit, le chœur reçoit sa clef de voûte le 29 juin 1318, clef qui est bénie par un important personnage de l’époque, ami d’enfance du prieur, et de passage à Rabastens : Béranger de Landore, XIIIe général des Dominicains, archevêque de Compostelle et légat du pape Jean XXII auprès des cours royales de France, de Castille et de Portugal.

La richesse du prieuré de Rabastens est due à des séries de donations et d’achats, qui dotent celui-ci d’un important patrimoine foncier. Ces revenus permettent de lancer les campagnes de reconstruction, d’agrandissement et de décoration de l’édifice et du prieuré, actuel hôtel-de-ville. Entre 1374 et la fin du XVe siècle, on construira, l’une après l’autre, les cinq chapelles (trois au nord et deux au sud) qui s’ouvrent entre les contreforts de la nef. L’édifice avait l’aspect que nous lui voyons aujourd’hui, lorsque survinrent les guerres de religion. Notre Dame du Bourg sera occupée par les protestants en 1561-1562, le mobilier et les statues seront détruits, la toiture laissée à l'abandon, l’orfèvrerie et les ornements pillés. Avec le retour des catholiques s’ouvre la période des restaurations qui s’étaleront sur tous les XVIIe et XVIIIe siècles. Par une bulle de 1583, le pape Grégoire XIII retire le prieuré des possessions de Moissac et l’unit au collège des Jésuites de Toulouse dont les revenus étaient insuffisants. Il restera entre leurs mains jusqu’à la dissolution de l’Ordre en 1764.

Le prieuré deviendra alors église collégiale. A la révolution, l’église est une nouvelle fois dépouillée de son mobilier et des ses ornements. Le trésor de reliquaires et d’orfèvrerie est envoyé à la fonte à Gaillac en 1793, pour un total de près de 40 kg d’argent !

Une église classée Monument Historique dès 1899…

L'Eglise Notre Dame du Bourg à Rabastens, logo Monument Historiques

Rendue au culte quelques années plus tard, il faut attendre 1856 pour que soient entrepris les travaux de restauration. Les campagnes de travaux de 1859 à 1880 vont remettre au jour les peintures murales qui sont restaurées et complétées par l’atelier du peintre Joseph Engalières de Toulouse. Les fenêtres reçoivent des vitraux réalisés par le maitre-verrier Louis-Victor Gesta, dans le style des verrières du XIVe siècle qui subsistent dans le chœur. Un orgue est commandé au célèbre facteur parisien Aristide Cavaillé-Coll, enfin, un nouveau carillon est installé dans le clocher en 1899.

L’église est classée Monument historique en 1899. Ces travaux du XIXe siècle ont conduit à réorganiser entièrement la décoration intérieure de l’édifice en mettant l’accent sur les peintures murales du XIVe siècle. Les anciens retables des chapelles, statues et autres ornements liturgiques sont déposés et remisés. Plusieurs de ces œuvres sont présentées au Musée du Pays rabastinois. Elles témoignent des richesses insoupçonnées et de la diversité du patrimoine de Notre-Dame du Bourg.